Le « Cyclop », une découverte unique en forêt de Milly-La-Forêt

19 octobre 2026

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Au détour d’une promenade en forêt de Milly-la-Forêt, vous risquez fort de croiser une créature bizarre, un œil jaune qui vous fixe, un immense miroir et une bouche difforme. Ne soyez pas effrayés. Il s’agit très certainement de « la Tête », connue aussi sous le nom du « monstre dans la forêt » : une œuvre monumentale extraordinaire conçue par Jean Tinguely et sa compagne, Nikki de Saint-Phalle.

Jean Tinguely et Nikki de Saint-Phalle, un couple délirant

Jean Tinguely est un peintre et sculpteur suisse, bilingue allemand/français, connu pour ses œuvres animées composées de boîtes de conserve, casseroles, fils de fer et autres matériaux à recycler. C’est au cours de son adolescence qu’il commence à réaliser ses « méta-mécaniques ».

Très indiscipliné, il intègre les cours de Julia Ris à l’école des arts appliqués de Bâle et découvre que le mouvement peut être un moyen d’expression artistique. Bâle est le lieu où se retrouvent tous les réfugiés politiques et il fait la connaissance de Yves Tanguy, Paul Klee, Joan Miro et Dali. Il épouse une étudiante, Eva Aeppli, avec laquelle il part en France en 1952. Ils s’installent en Seine et Marne puis il expose ses premières œuvres dans des galeries avant-gardistes, parfois avec Vasarely et Alexander Calder ou Yves Klein. Il devient célèbre en créant à l’occasion de la première Biennale de Paris, puis pour l’Institute of Contemporary Arts de Londres, le Museum of Modern Art de New-York, la Kunsthalle à Berne, etc.

En 1961, il épouse Nikki de Saint-Phalle qu’il a connue dans le cadre du mouvement des « Nouveaux Réalistes ». Avec elle, il crée un premier travail collectif, « Le Paradis Fantastique », une commande de l’État français pour l’exposition universelle de Montreal.

En fin de vie, il fondera l’anti-musée « Torpedo Institut » pour abriter son travail.

Nikki de Saint-Phalle est une plasticienne franco-américaine naturalisée suisse. Tout d’abord mannequin pour Vogue, puis maman de deux enfants, elle n’a pas suivi de cursus artistique classique, elle est autodidacte et très sensible à l’univers artistique, notamment l’art brut. Elle commence à peindre en 1952, visite le parc Guell, à Barcelone, en 1955, grande source d’inspiration pour elle, et réalise des structures monumentales dans les années 1960, essentiellement dans des parcs de sculptures. Elle imagine et finance elle-même le « jardin des tarots » en Toscane. Gigantesques, ses sculptures sont de véritables expériences immersives.

On retient surtout d’elle qu’elle est l’auteur des « nanas », marqueur de son engagement vis-à-vis des femmes, de l’injustice due à la différence.

Le Cyclop : une oreille d’une tonne, une langue en forme de toboggan

Leur œuvre commune la plus marquante est sans doute le « Cyclop », qu’ils commencèrent en 1969, avec leurs amis, Eva Aeppli, Arman, Daniel Spoerri et Bernhard Luginbühl, pour n’en citer que quelques uns. L’ouvrage, de 22.5 m de hauteur et de 350 tonnes est une aventure collective où chacun va laisser son empreinte.

En 1970, Jean et Nikki s’installent à Dannemois, près de Fontainebleau, dans une bâtisse historique rattachée aux chevaliers de Malte. L’endroit devient vite le point de ralliement de leurs amis brûlant de rejoindre ce périple fou d’une machine infernale inspirée de Calder pour Jean, et de Gaudi et Miro pour Nikki. L’ouvrage n’a pas de plan précis, pas d’autorisation du maire et chacun s’y exprime dans l’extravagance la plus complète.

Dans cet univers de falbala, on retrouve des figures sonores, des montages rocambolesques, un mini-théâtre, la langue-toboggan et l’oreille d’une tonne, et cette formidable ornementation de Nikki, la « face aux miroirs », 350 m2 composée de 62 000 fragments de miroirs. À la fois inspirée du dadaïsme, du nouveau réalisme, de l’art cinétique, de l’art brut, il s’agit là, sans nul doute, d’un nouveau mouvement artistique, « l’art anarchique », déployé à son plus haut niveau.

La construction du « Cyclop » se déroule sur plusieurs décennies, sans que Jean puisse voir le fruit de ce travail collectif achevé. Le chantier subit des vols de matériaux et des dégradations qui incitent le couple à léguer l’ouvrage à l’État Français en 1987. En mai 1994, l’œuvre monumentale est inaugurée et sa conservation est aujourd’hui assurée par le Centre National des Arts Plastiques.

Cette année, la sculpture colossale du « Cyclop » se visite jusqu’au 1er novembre.

Le Cyclop – Le Bois des Pauvres – 91490 Milly La Forêt

Crédits photos : Marc Domage et Leonardo Bezzola

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