La « Tour aux Figures » de Jean Dubuffet

11 septembre 2026

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Tour… ce mot a de nombreuses significations. Il y a le Tour de France (évènement cycliste), puis le tour de table (où chacun se présente un à un), le tour de main (permettant de réaliser de délicieux gâteaux), le tour (la promenade), le tour de manège (animation adorée des enfants) mais c’est bien un tour de force que Dubuffet a réalisé avec sa « Tour aux Figures ».

L’art brut, une forme d’art hors normes

Jean Dubuffet, peintre, sculpteur et plasticien français est aussi l’inventeur de « l’art brut ». Issu de la bourgeoisie française, pas très passionné par les études, il entre à l’école des Beaux-Arts du Havre. C’est un personnage autodidacte, original, plutôt reclus. Il voyage beaucoup, est persuadé que l’art est en cours de mutation. Il se cherche, il expérimente, il rejette l’art des musées pour s’intéresser à « l’art des fous », l’art des marginaux, prisonniers, mystiques, rebelles. Il rencontre des psychiatres, effectue des déplacements dans des hôpitaux suisses et allemands. Il possède un côté anti-culturel et joue à partir de gribouillages et barbouillages enfantins. Qui plus est, déjà bien pourvu financièrement, il ne cherche même pas à vendre.

Il renouvelle sans cesse ses moyens d’expression, passant du désert, le « rien » où il crée « Marabout », « Arabe », « Chameau entravé » à une série de « Paysages ». Puis il réalise une série de portraits, puis des petites statues. A partir des années 50, entre Paris et New-York, il crée des peintures en maçonnages lourds et pâtes épaisses de façon à créer des reliefs. C’est sa période « Sols et Terrains, Paysages mentaux ».

Puis il aborde la sculpture en 3D, construite à partir d’assemblages de matériaux naturels, il utilise des morceaux de papier découpé, des racines, du charbon de bois, des scories, du papier mâché. Inclassable, dérangeant, il peine à être apprécié et reconnu.

Et c’est à partir de 1966 qu’apparaît le « Dubuffet nouveau », le grand artiste qui va créer des sculptures en volume, des sculptures habitables, des sculptures-monument et, en 1968, il commence à travailler sur « la tour aux figures ».

Ne plus regarder une oeuvre, mais entrer à l’intérieur

Installée sur le parc de l’île Saint-Germain, en aval de la Seine, l’œuvre fait partie du cycle de « l’Hourloupe », une série de travaux caractérisés par des ouvrages aux couleurs rouge, bleu et blanc et effectués de 1962 à 1974. « Hourloupe » s’inspire d’autres mots, « hurler, hululer, loup, entourloupe ». Jean Dubuffet parcourt le papier avec un stylo rouge, et découpe ses figures en tirant des rayures rouges et bleues. L’architecte Antoine Butor travaille en étroite collaboration avec Dubuffet sur cet ouvrage.

La tour aux Figures s’érige à 24 m de hauteur et s’étend sur 12 m de large. Sa structure de base, en béton, bénéficie d’une seconde ossature métallique, couverte d’une peau constituée de 90 panneaux en résine, peints au polyuréthane. Le blanc, le bleu, le rouge et le noir sont les couleurs qui illustrent la tour, dont on ne sait s’ils représentent des corps ou des visages ; des traits noirs délimitent le monde imaginaire voulu par l’artiste. L’intérieur, en plâtre noir et blanc est un labyrinthe qui se découvre lors d’une ascension de 117 m, en 5 étages, appelée « le gastrovolve ». C’est une deuxième œuvre, intérieure où l’on monte, on redescend, on réfléchit, on essaie de se repérer, on se perd dans ce parcours insolite conçu pour laisser libre cours à l’imagination. Il faut y faire plusieurs tours avant de réussir le parcours complet.

La Tour aux Figures est une commande de l’Etat Français, aujourd’hui classée monument historique. Achevée par la Fondation Dubuffet, elle fut inaugurée en 1988, trois ans après la disparition de l’artiste. Cette année, elle pourra se visiter jusqu’en novembre.

Dernière œuvre de Jean Dubuffet, elle entre bien dans le cadre sémantique affectionné par l’artiste :

« Si les professeurs se voyaient remettre la chaîne d’arpentage avec le compas du géomètre et requis de jalonner le terrain en plantant où il se doit le piquet de la sauvagerie, le piquet de la liberté et ceux de tous les autres relais de la pensée, ils seraient en même embarras que pour déterminer le point exact où doit être fixé le piquet de l’art brut ; C’est en effet que l’art brut, la sauvagerie, la liberté, ne doivent pas se concevoir comme des lieux, ni surtout des lieux fixes, mais comme des directions, des aspirations, des tendances. » Jean Dubuffet

Crédits photos : Fondation Dubuffet

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